« Je n'ai jamais cru que les hommes sont bons, seulement qu'ils méritent d'être égaux. » [Jean-Claude Izzo]

Un antidote à Obama

28.12.2009
de: Diane Gilliard dans: Actualités

Pour ceux qui n’ont pas eu ou n’auraient pas le courage de plonger dans les 800 pages d’Une histoire populaire des Etats-Unis, de 1492 à nos jours, son adaptation en BD, Une Histoire populaire de l’empire américain, est l'antidote idéal au discours du Nobel de la Paix Obama…

Non, les citoyens Nord-Américains ne sont pas tous — et surtout n’ont pas toujours été — comme la télé européenne aime les montrer: des obèses gavés de hamburgers, affublés de T-shirts hideux, hébétés par la propagande évangélico-néocon. Ah, mais pour le savoir, il faut lire l’historien états-unien Howard Zinn, en BD ou dans le texte. Un peuple américain en émerge, radical, organisé, solidaire, et souvent très lucide sur les visées politiques agressives ou rapaces de ses dirigeants.

En 2002, les éditions Agone publiaient Une Histoire populaire des Etats-Unis. De 1492 à nos jours. Paru en 1980 aux Etats-Unis, le livre y a connu un immense succès. Presque vingt ans plus tard, l’enthousiasme ne se démentant pas, Howard Zinn a travaillé avec Paul Buhle et le dessinateur Mike Konopacki pour en tirer une bande dessinée. En français, Une Histoire populaire de l’Empire américain (aux éditions Vertige Graphic). L’historien et militant Zinn y apparaît, le fil conducteur de la BD étant la conférence qu’il donne pour mettre en perspective la politique états-unienne des deux derniers siècles avec celle menée par les gouvernements Reagan-Carter-Bush-Clinton-Bush.

Ce faisant, il raconte les luttes de ceux dont on ne parle généralement jamais. Ceux qui subissent l’histoire, mais ne la font pas, dit-on : les Indiens sioux oglala massacrés en 1890 à Wounded Knee, dont les descendants proclament, en 1970, le lieu du massacre «territoire libéré de la nation oglala»; les anciens esclaves, utilisés comme chair à canon, qui se révoltent et refusent de tirer sur leurs frères philippins. Les ouvriers en grève, s’organisant en syndicat, refusant de se laisser enrôler dans l’armée lors de la première guerre mondiale, et même de la deuxième. Les GI qui sabotent les opérations au Vietnam, les noirs luttant pour les droits civiques dans les années 1960, les militants qui s’engagent contre la salle guerre soutenue par les Etats-Unis au Nicaragua et au Salvador. Inutile de le dire : ces luttes ont été durement réprimées, de nombreux militants ont été tués, emprisonnés. Et les résistances vigoureuses et héroïques de leurs peuples n’ont pas empêché, évidemment, le gouvernement fédéral de soumettre Cuba et les Philippines, de mener une longue guerre au Vietnam, au Laos, au Cambodge, de tout faire, même les pires horreurs, pour garder le contrôle du pétrole du Moyen Orient. Mais ça, on le sait, c’est de l’histoire quotidienne, maintenant.

Il n’en reste pas moins que les mouvements sociaux, surtout ceux des années 1960-1970, ont été si importants que Samuel Huntington, l’ «inventeur» de la «guerre des civilisations», a déclaré que cette vague de luttes avait provoqué un «excès de démocratie» : les gens ne ressentaient plus le besoin d’obéir. Quelle victoire pour ces mouvements! Sans doute cela ne se voit-il pas clairement aujourd’hui, mais ces années ont sûrement laissé des traces dans la société nord-américaine.

Tout cela est raconté dans une bande dessinée aux dessins style «presse», mêlés à des documents authentiques, photos, articles de presse et affiches. Un des documents photographiques les plus émouvants parmi beaucoup d'autres? L’immense symbole de la paix tracé au bulldozer sur la terre vietnamienne ravagée par les bombes par des GI’s opposés à la guerre.

La lecture de cet ouvrage jette une lumière crue sur la politique réellement menée par le président «du changement» Obama. Dans son discours de réception du prix Nobel, il a continué à dire, comme ses prédécesseurs, qu'il défendra les intérêts nord-américains, que la guerre conduira à la paix et que « le service, le sacrifice de nos hommes et femmes qui portent l’uniforme a promu la paix et la prospérité de l’Allemagne à la Corée et a permis à la démocratie de prendre pied dans des endroits tels que les Balkans… » Heureusement, grâce à Howard Zinn et à son Histoire populaire, nous pouvons espérer qu’aujourd’hui aussi, les citoyens de l’empire américain ne sont pas tous dupes.

Howard Zinn, Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, Ed. Agone, 812 p.

Howard Zinn, Mike Konopacki, Paul Buhle, Une Histoire populaire de l’empire américain, Ed. Vertige Graphic, 287p.

Ces deux ouvrages sont en vente dans les bonnes librairies, et naturellement dans les librairies Basta! à Lausanne.

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