« Aussi longtemps que les lions n'auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire des chasseurs. » [Proverbe africain]

Avatar, symbole des luttes anticoloniales

19.02.2010
de: Elisabeth Brindesi dans: Actualités

«Nous sommes tous (toutes) des Navis». Un slogan de 1968 rafraîchi et qui pourrait devenir le cri de ralliement des peuples colonisés. Avatar, qui pulvérise tous les records cinématographiques, deviendrait-il aussi un symbole mondial anticolonialiste et écologiste?

Les Navis, c’est le nom de ces indigènes bleus, vivant dans leur forêt sacrée, en connexion avec la nature, les arbres et leurs ancêtres. Hélas, leur sous-sol, riche en minerai, est convoité par une compagnie minière, dont les mercenaires entendent bien déloger de gré ou de force ce peuple indésirable. Le film Avatar pulvérise tous les records cinématographiques et pourrait bien devenir aussi un symbole mondial anticolonialiste et écologiste. Un petit tour du monde pour s’en convaincre.

La Chine tout d’abord, où le film est déprogrammé. «Pour écrire son film, le réalisateur a dû certainement vivre en Chine plusieurs années», s'amuse Li Chengpeng, un blogueur très populaire. En Chine, les géants du bâtiment, chassent les paysans de chez eux pour s’emparer de leurs terres. Ces opérations sont menées par des escadrons privés, agissant en toute impunité, les redoutables cheng guan, qui n’ont rien à envier aux hommes de l’affreux colonel Miles Quaritch du film. «Les cheng guan pourraient presque demander un copyright à James Cameron», résumait, cette semaine, un autre internaute chinois.

Le week-end passé, des Palestiniens du village de Bil’in se sont déguisés en Navis, ces indigènes bleus, pour manifester face aux soldats israéliens. Bil’in est un village de Palestine, qui lutte pacifiquement pour sa survie. L’Etat d’Israël a en effet annexé près de 60% des terres villageoises. Soutenus par des activistes israéliens et internationaux, les habitants de Bil’in manifestent tous les vendredis devant ce chantier de la honte, bravant la violence de l’armée israélienne. Les gens de Bil’in l’affirment : «Avatar parle d’un peuple opprimé qui combat l’occupant, c’est ce qui se passe ici. Sauf qu’Avatar est un film, et chez nous c’est la réalité.»

Les Tibétains, victimes de longue date des Chinois, disent la même chose, voyant aujourd’hui leurs territoires dévastés et leurs forêts rasées.

En Inde, dans l’Etat de l’Orissa (Indes orientales), une tribu isolée les Dongria Kondh vivent sur une montagne sacrée, dont le sous-sol est hélas bourré de bauxite (matière première de l’aluminium). Une compagnie minière la Vedanta a repéré le magot et veut mettre la main dessus. Le proprio de cette entreprise, un Indien, nommé Anil Agarwal, vit à Londres. Lui n’est pas vraiment dans le besoin, il est milliardaire. Les Dongria Kondh résistent : ils savent que si leur montagne est éventrée, eux n’existeront plus. L’exploitation de cette mine ravagerait l’environnement, détruisant du même coup la vie de la tribu. Les indigènes, soutenus dans leurs lutte par l’ONG Survival, lancent un appel à James Cameron, le réalisateur du film, en ces termes : «Avatar est une fiction… bien réelle ! Venez en aide aux Dongria Kondh. Nous avons vu votre film – maintenant, visionnez le nôtre.» C’est un film de dix minutes: Mine : histoire d’une montagne sacrée.

Survival utilise à fond Avatar pour lancer des appels et nous rapporte des témoignages: un Penan du Sarawak (partie Malaisienne de l’île de Bornéo) se confie: «Nous, le peuple penan, ne pouvons vivre sans la forêt. Elle nous protège et nous la protégeons. Nous comprenons les plantes et les animaux parce que nous habitons ici depuis de nombreuses années, depuis des temps immémoriaux. Les Navis d’Avatar se lamentent parce que leur forêt est détruite. Il en est de même pour nous, les Penan. Les compagnies d’exploitation forestière abattent nos grands arbres, polluent nos rivières et font disparaître notre gibier.»

Jumanda Gakelebone, un Bushman du Kalahari a déclaré : «Nous les Bushmen sommes les premiers habitants de l’Afrique australe. Nos droits à la terre sont bafoués et nous appelons le monde entier à l’aide. Avatar me rend heureux parce qu’il montre au monde ce que c’est que d’être Bushmen et ce que notre terre représente pour nous.» Les Bushmen sont une population d’environ 100’000 personnes dispersées dans plusieurs Etats africains: le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud et l’Angola, où ils vivent depuis des dizaines de milliers d’années. Dans les années 1980, on découvrit d’importants gisements de diamants sous leurs pieds et on les chassa de leurs terres. Leurs sources d’eau, leurs maisons, leurs écoles et leurs postes de santé furent détruits. Ils vivent actuellement dans des camps et sont malades. S’ils ne retournent pas sur leurs terres ancestrales, leur culture et leur mode de vie uniques seront détruits et ils disparaîtront.

Davi Kopenawa Yanomami, connu comme le Dalaï Lama de l’Amazonie, a expliqué: «Mon peuple a toujours vécu en paix avec la forêt. Nos ancêtres nous ont appris à comprendre notre terre et les animaux. Nous avons utilisé ce savoir avec précaution, parce que notre existence en dépend. Ma terre yanomami a été envahie par les orpailleurs. Il en est résulté la mort d’un cinquième de notre peuple, atteint de maladies que nous n’avions jamais connues auparavant.»

A la fin d’Avatar, un marine, sauveur des Navis, meurt à sa condition de Terrien pour renaître à une existence de Navi… Beau symbole, qui fait envi.

Image: Un Boshiman du Botswana (Wikipedia Commons)

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Derniers commentaires

#245 Elisabeth Brindesi 26.02.2010 13:33 Bob : merci pour votre commentaire. Super. Je suis ravie à l’idée que vous nous lisiez de Chine ! Quant à votre rectificatif, j’en prends bonne note. Hélas j’avais pourtant vérifié dans tous les sens… mais c’est loin la Chine !
Merci, bon séjour chinois,
Elisabeth Brindesi
#244 Bob 26.02.2010 10:09 Bonjour !
Je suis actuellement en Chine et petit rectificatif par rapport à votre article. Seule la version 2D d'avatar a été déprogrammée ici, la version 3D restant disponible dans de nombreuses salles. La déprogrammation s'est faite principalement pour laisser de la place médiatique à un film chinois sur confucius sensé être un blockbuster et à qui avatar faisait concurrence. Pour ce qui est des chengguan dont vous parlez, ils n'ont rien de privés puisqu'ils sont l'équivalent d'une police municipale (cheng pour chengshi = ville et guan de guanli pour management). Ils peuvent certes être très violents mais n'ont pas encore de lance-roquettes quand même :)

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