Encore ces chiffres ne prennent-ils pas en considération l’ensemble des demandeurs d’emploi, soit les personnes
n’ayant pas le droit aux indemnités comme les chômeurs en fin de droit. Par exemple, dans le Jura, l’ensemble des
demandeurs d’emploi représente 8,6% de la population active.
Derrière ces chiffres abscons se cachent des
drames personnels et familiaux. Mais les politiciens n’en n’ont cure. Non seulement, le Conseil fédéral et les
gouvernements cantonaux ne prennent aucune initiative de relance économique digne de ce nom ou de programme
d’occupation des chômeurs, mais, qui plus est, le Parlement a mis sous toit une révision de l’assurance chômage
qui réduira le nombre la durée d’indemnisation. La classe politique dominante s’attaque ainsi aux chômeurs
plutôt qu’au chômage. Ses «leaders d’opinions» invitent la population à «relativiser», c’est le mot
d’ordre, et les travailleurs à se résigner.
«Et si l’on relativisait un peu notre taux de chômage?» C’est sous ce titre que la journaliste genevoise Elisabeth Eckert s’est fendue pour l’occasion d’un édito dans 24 Heures le 9 février. Aux plus de 26'000 Vaudois sans emploi, la journaliste économique a expliqué qu’ailleurs c’était pire: 10% de chômage en France, 20% en Espagne, etc. Nous serions donc plutôt «privilégiés», alors pas de quoi se plaindre. Dans Le Matin dimanche, Serge Gaillard, chef de la Direction du travail au Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO), en a remis une couche: «Il faut s’attendre à ce que le chômage atteigne les 5% à fin 2010. C’est grave, mais c’est relatif: les USA et certains pays européens en sont à 10%.» Et dire qu’avant de travailler pour l’Etat, les patrons et le capitalisme, Serge Gaillard était secrétaire de l’Union syndicale suisse (USS)!
Pour celles et ceux qui n’estiment pas le chômage «relatif»,
l’urgence est de maintenir les indemnisations pour les chômeurs. Le chômage ne remplace certes pas l’emploi, mais
offre un minimum de protection et de dignité. Au plan national, la gauche se mobilisera au printemps dans le
référendum contre la modification de la loi sur l’assurance chômage.
Dans les cantons, le premier objectif
devrait être d’augmenter le nombre d’indemnités journalières. En effet, selon la loi sur l'assurance chômage, le
Conseil fédéral peut, à la demande des cantons, augmenter de 120 le nombre de jours indemnisés pendant six mois
lorsque le taux de chômage d'un canton ou d'une partie importante de celui-ci dépasse le taux de chômage national et
atteint 5% au moins de la population active. Les cantons participent aux coûts à raison de 20%.
A la demande du Conseil d’Etat neuchâtelois, le Conseil fédéral vient de décider d’augmenter de 400 à 520 jours le nombre d'indemnités dans ce canton. Les Montagnes et le Val de Travers étaient déjà au bénéfice de la mesure depuis le 1er septembre 2009. Désormais, c’est l’ensemble du canton qui en bénéficiera jusqu’au 31 août 2010. Malheureusement, la mesure ne s’applique qu’aux moins de 30 ans.
Dans les autres cantons, la gauche a du pain sur la planche. A Genève, les syndicats ont lancé une pétition dans ce sens. Le Conseil d’Etat genevois s’y refusant pour l’heure, malgré l’avis favorable du Grand Conseil. Le conseiller d’Etat François Longchamp s’étant déclaré favorable à la mesure pour les plus de 55 ans seulement. Peut-être que le radical est inspiré par le canton de Vaud où seuls les plus de 55 ans ont le droit à 520 jours d’indemnités, pour autant qu’ils aient cotisé au moins pendant 18 mois. Chaque mois, plus d’un millier de chômeurs arrivent en fin de droit en Suisse romande et viennent grossir les rangs de l’assistance publique.
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