« Un chemin on le crée, en y marchant. » [Chuang Tsu]

2e pilier : une victoire de la gauche, vraiment ?

08.03.2010
de: Pascal Holenweg dans: Actualités
"Le peuple suisse vient de tracer une ligne rouge, une première limite à ne pas franchir dans le démantèlement des assurances sociales" déclare  le président du PSS, Christian Levrat, après la lourde défaite de la droite sur le IIe pilier, dimanche. Ouais. Une lourde défaite de la droite, on a toutes les raisons de s'en réjouir. Mais en faire une grande victoire de la gauche, c'est un tantinet excessif. Des "limites à ne pas franchir dans le démantèlement des assurances sociales", on en a déjà franchies quelques unes. On se félicitera  bien que celle-ci n'ait pas (encore) été franchie, et que la droite libérale-radicale-udéciste ait été claquée, mais on n'en fera pas un triomphe. C'est ni Austerlitz, ni Waterloo, c'est juste un vote de rentiers qui veulent garder leurs sous. Et qui ont raison de ne pas vouloir le filer aux assurances privées.
En refusant la baisse du taux de conversion, les citoyennes et les citoyens de ce pays (on n'aura garde d'oublier qu'une bonne partie des cotisants forcés à la "prévoyance professionnelle" n'ont pas pu se prononcer, puisqu'ils n'ont pas le droit de vote...) n'ont pas "sauvé le 2e Pilier", mais seulement maintenu le montant de leurs rentes. L'épargne forcée reste une épargne forcée, les montants faramineux qu'elle accumulent restent disponibles pour des investissements dont personne ne peut nous garantir qu'ils sont à la fois raisonnables et éthiquement acceptables, la fortune du 2e Pilier ne garantit toujours pas la solidiité du 1er Pilier (l'AVS) et la retraite par capitalisation n'est toujours d'aucun apport à la retraite par répartition, le bas de laine et la solidarité ne jouant évidemment pas dans la même cour... La défaite de la droite ce dimanche est bonne à prendre. Parce que c'est une défaite de la droite. Et Christian Levrat a donc raison de la saluer comme une vistoire contre l'"'alliance de l'argent et de l'arrogance." De là à en faire une "victoire du peuple de gauche sur l'aristocratie radicale"... l'ampleur même du résultat nous signale qu'une bonne partie des suffrages obtenus par le "front du refus" qui a balayé la réduction du taux de conversion provient de l'électorat de droite. La proposition de réduction des rentes a été refusée par un pourcentage de votant presque deux fois supérieur à celui que la gauche obtient lors des élections, c'est-à-dire lorsque le choix se fait réellement entre la gauche et la droite. Ces rentières et rentiers de droite qui ont voté contre la réduction de leurs rentes, auraient-ils voté avec nous si ce qui leur était proposé était la transformation de leur bas de laine en un apport financier à la solidarité, et un basculement dans les caisses de l'AVS de la fortune de la prévoyance professionnelle (plus de 600 milliards de francs) ? On se permettra d'en douter. Le vote de ce dimanche n'est pas un vote pour la solidarité, c'est un vote contre "le vol des rentes". Notre slogan de campagne était le bon : personne n'a envie de se laisser voler, surtout si c'est par plus riche que soi (par les actionnaires, les managers et les gestionnaires des assurances privées, par exemple). Mais ceux qui votent contre le "vol des rente" sont-ils prêts à les partager avec ceux qui n'ont pas de 2e Pilier, ou en ont d'exsangues ( la moyenne du capital individuel du 2e Pilier est de 170'000 francs par assuré, mais des dizaines de milliers d'assurés n'ont qu'un capital inférieur à 20'000 francs et n'auront droit qu'à une rente inférieure à 200 francs par mois...) ?  Le travail de redéfinition de "nos assurances sociales" et de leur financement ne fait que commencer. Et il sera bien plus difficile que celui qui a été, avec succès, mené à bien dimanche.  Le rejet "clair et net" de la baisse du taux de conversion "doit permettre de renforcer la confiance populaire dans notre système de retraite" estime Christian Levrat. Nous devrions plutôt en faire le premier pas vers une redéfinition de ce système.
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Derniers commentaires

#253 Rod Termalite 08.03.2010 06:57 Basculer le 2ème pilier vers le 1er ... eh coco! cela veut dire que tous les camarades fonctionnaires au bénéfice (ehonté) de caisses à primauté de prestation (et donc non touché par la question d'hier, mais qui ont tout de même voté) vont manger leur chemise. Attention à ce que tu dis

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